L’institution
du mariage a considérablement évolué au fil du
temps. Nous avons assisté à la
rupture du lien obligé entre mariage et filiation.
L’intérêt de la société envers le
mariage réside désormais
moins dans la protection de la lignée que dans le soutien
aux formes d’organisation familiale qui contribuent à des solidarités
entre les personnes, pour le meilleur et pour le
pire.
Ce critère, me
semble-t-il, est, avec la reconnaissance du droit à
l’égalité, le plus important pour juger du bien
fondé d’étendre aux conjoints de même
sexe le droit au mariage.
Si, pour la société,
l’important est de consolider les formes durables
d’organisation familiale, l’extension aux homosexuels
du droit au mariage est bonne et favorise la durée des
couples, la solidité des liens
sociaux...
Les avantages du mariage
valent pour les unions homosexuelles autant que pour les autres et
à long terme continuer à
militer pour une forme distincte d’union conjugale
perpétue la ségrégation, le
communautarisme et la ghettoïsation. Et cela vaut aussi pour
l’éducation des enfants. Le principal argument
défavorable au mariage homosexuel est
la contradiction qui existe entre l’homosexualité et
la procréation. Cette contradiction tombe sous le sens, en
effet. Mais les statistiques montrent que même les
couples hétérosexuels mariés ne se forment
plus nécessairement pour avoir des
enfants.
Je suis donc favorable aux mariages homosexuels, pour les
gays et les lesbiennes et à une loi qui les
reconnaîtrait, mais je persiste à penser que
d’autres priorités nous
interpellent :
D’abord une
lutte efficace contre l’homophobie. Bien que
l’homophobie ait toujours existé, ce n’est que
tout récemment que l’on a commencé à lui
donner un nom, et surtout, à réaliser qu’elle
constituait une attitude inacceptable dans une
société civilisée, au même titre que le
sexisme, le racisme ou la xénophobie.
Et la lutte doit
continuer car nous sommes loin d’avoir vaincu
l’homophobie.
Car l’agression
homophobe dont a été victime Sébastien Nouchet
- aspergé d’un liquide
inflammable le 16 janvier dernier et brûlé par ses
agresseurs - puis il y a quelques semaines, à Villetaneuse,
la haine homophobe dont a été victime David,
19 ans, agressé de manière sadique par un groupe de
jeunes qui avaient envie de " rigoler ", nous montre à quel
point la lutte contre l’homophobie est nécessaire.
Souvenons-nous aussi
de 1999. Des quolibets, très souvent homophobes et trop
souvent douteux, proférés par cette droite durant le
débat à l’Assemblée nationale sur le
PACS. Ce pacte, défendu courageusement par Patrick Bloche et
quelques autres hélas trop peu
nombreux, qui hier suscitait le doute sur son " utilité " se
révèle aujourd’hui un formidable
succès.
Au PACS, né dans un esprit
d’égalité entre homosexuels et hétérosexuels,
s’ajoute aujourd’hui l’amendement sur la
pénalisation de l’homophobie proposé par
la droite. C’est mieux, mais elle s’y est
inscrite dans la logique répressive qui est la sienne en ce
moment. Le combat pour l’évolution des
mentalités n’est donc pas
fini.
Enfin, il faut avancer sur la question de la
parentalité homosexuelle et la reconnaissance du droit
à l’adoption. Ce débat, esquivé par le
gouvernement Jospin, qui a cherché, à
l’époque, à contourner l’obstacle en
affirmant haut et fort que le PACS n’était pas l’ouverture vers
l’adoption, doit au sein du PS
progresser.
Devons-nous traiter cette question sociétale, avec
les mêmes lenteurs et les mêmes a priori que
nous avons connus à propos de la reconnaissance du
couple homosexuel ? Il est urgent de
penser ce débat de société qui nous
dépasse déjà : le développement de
la co-parentalité est une réalité qui ne peut
laisser indifférent les socialistes. La Suède,
l’Angleterre, les Pays-Bas ont évolué sur cette
question, pourquoi pas nous ?
Personne ne peut dire
aujourd’hui que des enfants élevés par des
couples homosexuel(le)s sont menacés dans leur
développement futur et
l’histoire de la paternité et de la maternité
ne se résume pas aux vieux concepts
judéo-chrétiens de l’indispensable
complémentarité homme-femme.
Aujourd’hui la société aide les
couples hétérosexuels à avoir des
enfants quand ils sont confrontés à des
problèmes de stérilité, pourquoi
n’aiderait-elle pas les homosexuel(le)s à obtenir, de
l’État, la solidarité pour casser cette
discrimination qui leur refuse le droit
d’être père ou mère au prétexte
d’une sexualité qui par définition ne leur
permet pas d’avoir d’enfant.
Le Parti socialiste doit aujourd’hui, sur
ces questions, être audacieux.
Alors camarades, osons !
je veux
ecouter vos avis!
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